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8ème halte : the spiritual path of Ananda Gaorii ou le chemin spirituel

July 9, 2018

 

Depuis le début de notre voyage, nous sommes habités par la volonté de vivre une expérience spirituelle car un projet de vie collectif ne se construit pas sans prendre en compte son élément central et décisif : l’humain. Nous avons donc atterri dans un ashram – dans la tradition indienne, un ashram était un monastère hindou. Celui-ci est également une ferme et un centre d’apprentissage, situé à Vig, au Danemark, au Nord-Ouest à moins de 90 km de Copenhague. À la fin des années 1980, l’organisation Ananda Marga (« Chemin de la Félicité ») décida de déployer son action dans la campagne danoise en y installant l’un de ses centres, l’ashram Ananda Gaorii.

Fondé en 1955 à Jamalpur (région de Bihar) par l’écrivain, philosophe et scientifique Prabhat Ranjan Sarkar, ce groupe spirituel néo-hindouiste à rayonnement international prodigue un enseignement du Yoga tantrique. Ce dernier est un mode de vie visant la réalisation de soi à travers l’unification de l’esprit individuel avec l’expérience de la paix et du bonheur infinis. La pratique du Yoga en tant que style de vie est rythmée par la récitation de mantras, la méditation, la danse et la pratique corporelle. Qu’ils soient moines ou amateurs, les adeptes adoptent une alimentation végétarienne dont ils proscrivent certains éléments pouvant nuire à la concentration de leur esprit tel que l’oignon, le champignon, l’ail, les œufs ou encore le chocolat.

Par ailleurs, les moines yogis offrent un service désintéressé envers l’humanité en apportant leur aide dans des communautés endurant des problèmes dans les domaines de l’alphabétisation, de la santé et de l’agriculture. Ils se rendent par exemple auprès de prisonniers, de drogués mais aussi dans des dispensaires, des orphelinats et des écoles. Poursuivant l’œuvre philosophique de son leader, ce mouvement cherche des alternatives sociétales progressives au capitalisme et au communisme tel que la théorie socio-économique basée sur la spiritualité appelée TUP (Théorie de l’Utilisation Progressiste). Leur modèle économique repose essentiellement sur les donations. Si l’on se penche plus spécifiquement sur l’économie d’Ananda Gaorii, les ressources proviennent des recettes de la boulangerie-pâtisserie, des dons et également des fonds européens pour la jeunesse à travers le programme de Service Volontaire Européen (SVE).

 

Since the beginning of our trip, we wished to go through a spiritual experience because the human factor is the most delicate in a collective life’s project. So we landed up in an ashram, which is also a farm and a learning centre, located near Vig in Denmark, at less than 90 km North West from Copenhagen. At the end of the eighties, the Ananda Marga organisation (“Path of Bliss”) decided to deploy its action in the Danish countryside by building one of its centre, the Ananda Gaorii ashram.

In 1955, the spiritual philosopher, scientist and writer Prabhat Ranjan Sarkar found Ananda Marga in Jamalpur (region of Bihar). This international spiritual neo-Hindu group propose a tantric Yoga teaching. This is a way of living which aim to accomplish the inner-self passing by the individual spirit unification with the experience of infinite peace and happiness. Mantras recitation, meditation, dance and yoga postures give rhythm to the yoga lifestyle. Whether monks or amateurs, the adepts adopt a vegetarian diet proscribing some ingredients that could trouble the focusing as onion, mushroom, garlic, eggs and chocolate.

In addition, monks offer a selfless service to humankind by providing help to communities missing health care, education and agriculture. For instance, they visit prisoners, drug addicts and also go in free clinics, orphanages and schools. Carrying on the scientific philosophy of its spiritual leader, this movement search for progressive alternatives to capitalism and communism such as the socio-economic theory based on spirituality called PROUT (PROgressive Utilization Theory).

Ananda Marga’s economic model stands on donations. If you have a specific look on the Ananda Gaorii’s economy, you can see that the funding mainly comes from the bakery, the donations and the european subvention for youth with the European Volunteering Service (EVS).

 

 

 

L’ashram où nous avons séjourné un mois durant nous a ouvert la voie du Yoga. En pratiquant cette forme de spiritualité, on peut atteindre l’inconscient et se connecter à son être le plus profond. Selon la vision du Yoga, c’est là que se cache notre vraie nature et que l’on expérimente la conscience infinie. L’un des outils pour accéder à cet état de conscience connectée au tout créateur est la méditation qui permet d’étendre son esprit au-delà de ses barrières mentales et physiques. Les postures du Yoga constituent un autre exercice facilitant l’harmonie intérieure.

À Ananda Gaorii, deux méditations collectives ont lieu chaque jour à 6h45 et à 18h. Le moine Dada Krsnasevananda – « Dada » signifie frère en sanskrit – donne également des séances d’introduction à la méditation tous les jeudis. Parfois, des cours de Yoga sont encadrés par des volontaires de longue date qui ont suivi un entraînement au sein de l’ashram pour devenir professeur de Yoga. Ils peuvent avoir lieu pendant une heure avant chaque temps méditatif et sont ouverts aux personnes extérieures.

Une journée type pouvait commencer par un plongeon nu dans la mer Baltique vers 6h du matin. Sinon, on se levait pour la première méditation collective. Celle-ci démarrait à 6h45 par le chant Kirtan qui prépare l’être à glisser vers un état paisible. À partir de 7h20, chacun petit-déjeunait selon ses préférences. Puis, la cloche sonnait à 8h précises pour nous rassembler le temps d’une réunion matinale qui démarrait par un chant suivit d’une méditation guidée généralement par Dada Krsnasevananda. Il poursuivait par une lecture en lien avec une thématique qu’il nous invitait à discuter entre nous, par groupe de trois. Nous terminions par l’organisation de la journée entre les travaux en cours (construction, rénovation, jardinage) et les tâches journalières. À 13h30, la cloche sonnait la fin du temps de travail marquée par le déjeuner. Puis l’après-midi était un temps libre que l’on occupait de diverses manières par des balades en vélo jusqu’à la plage ou en forêt, du repos, de la lecture, en jouant de la guitare ou en continuant un travail commencé le matin. Puis entre 17h et 19h, nous pouvions retourner à la pratique spirituelle avec du Yoga et de la méditation. Enfin, le diner était servi à 19h30 nous permettant de nous coucher suffisamment tôt pour pouvoir démarrer une  nouvelle journée.

 

We stayed one month in Ananda Goarii’s ashram where we discover the path of Yoga. By practising this spirituality, we can reach the unconscious and connect with the deepest self. According to Yoga, this is where our true nature is hidden and where we can experience the infinite consciousness. One of the tools that lead to that state of consciousness, in relation with the whole universe, is meditation that allows to expanding its mind beyond mental and physical boundaries. The Yoga postures are also an exercise for finding the inside harmony.

At Ananda Gaorii, two collectives meditations are happening everyday at 6.45 am and 6 pm. The monk Dada Krsnasevananda – “Dada” means brother in Sanskrit – give introduction session about meditation every week. Sometimes, Yoga classes are organised by long-term volunteers, which had followed a yoga teacher training in the ashram. Those classes can happened during one hour before every meditation and are opened to the public.

 

A “classic day” could begin with an early and naked swimming at the Baltic Sea. Or else, we could just wake up for the first collective meditation of the day at 6.45. It started by a Kirtan chant that prepares the inner-self to go toward a peaceful state. From 7.20, it was breakfast time and then, at 8.00, the ring belt to gather us for a morning meeting. It began with a chant and a guided meditation, usually by Dada Krsnasevananda. He also used to give us a lecture related to a thematic that he invited us to discuss in-group of three. We ended up by organising the day between the working time (building or gardening) and the daily tasks. At 1.30 pm, the bell rang to mark the end of the working time and the lunchtime. Then, the afternoon was free and usually filled with a lot of different activities such as bicycle rides at the beach or into the forest, chilling, reading, playing the guitar or keeping on the work of the morning. Between 5 and 7 pm we could get back to the spiritual practice through Yoga and meditation. Finally, diner was ready at 7.30 pm allowing us to go to bed early in order to be able to start a new day fresh and full of energy.

 

 

 

 

Nous retenons principalement trois éléments de notre expérience à Ananda Gaorii. D’abord, une approche de la spiritualité. Raison pour laquelle nous avions choisi ce lieu lors de nos pérégrinations sur le net pour repérer des éco-structures. Ensuite, cet ashram fut un véritable espace de prise d’initiatives et de partage de nos savoir-faire et de nos compétences. Enfin, ce centre représenta un lieu d’apprentissage autonome.

 

Vivre un mois à Ananda Gaorii m’a permis de mieux connaître des outils spirituels tels que le Yoga, la méditation et des rituels de chants sanskrits. En me rendant dans cet ashram, mon souhait était d’apprendre à me servir de ces outils pour pouvoir trouver l’harmonie intérieure à force de pratique. Et donc, à terme, de parvenir à accorder mes choix de vie avec la nature profonde de mon être. J’ai vraiment apprécié la méditation collective du matin car j’étais à peine réveillée, hors de mes pensées et flottant dans mon cocon brumeux. L’exercice de la méditation est complexe et exige beaucoup de pratique pour se sentir à l’aise. Cela commence par la posture qui dissuade le corps de bouger afin de ne pas perturber l’esprit. Ensuite, il s’agit de porter son attention sur son souffle et de répéter un mantra (par exemple, « l’amour est tout partout » ou « je suis assis au sommet de la plus haute montagne, complètement seul ») pendant que l’on s’imagine dans un vaste et infini paysage ou dans le cosmos. Peu à peu, on entraîne son esprit à réaliser cet exercice. Et cela aide à atteindre la quiétude absolue. Après quatre semaines passées à méditer régulièrement, je me suis sentie mieux. Moins stressée and plus calme, j’étais capable de voir les choses avec davantage de clarté et de me dégager des futilités matérielles. Que l’aventure continue !

Mathilde

 

 

Three main elements come to our mind when we think about our experience at Ananda Gaorii. First of all, a spiritual approach. It was the reason why we chose this place at the beginning. Then, this ashram was truly open for taking of initiatives and sharing our knowledge and skills. Finally, in this centre, the learning process was autonomous.

 

Living one month in Ananda Gaorii allowed me to know better the spiritual tools such as Yoga, meditation and chants rituals. By going in this ashram, I deeply wanted to learn how to use those tools to find my inside harmony and peacefulness. And by practising those tools, I wanted to reach a balance between my life choices and the true nature of my inner-self. I really enjoyed the collective meditation in the morning because I was barely awake, out of my thoughts and floating in my foggy cocoon. The exercise of meditation is complex and it demands a lot of practise to be comfortable with it. It starts with a posture that prevent to move and to disturb the meditating mind. Then, it is about putting the attention in the breath and repeating a mantra (e.g. “only love is everywhere” or “I’m sitting on the top of the highest mountain, completely alone”) while you are imagining yourself in a wide and infinite landscape or in the cosmos. Step by step, you train your mind to achieve this exercise. And it helps you to get to an absolute quietude. After four weeks of regular meditation, I felt better. Less stressed and calmer, I was able to see things with lightness and to withdraw from the material concerns. Let’s continue!

Mathilde

 

 

Les premières semaines ont été consacrées à la réalisation d’une structure facilitant l’accès au dortoir des hommes ainsi que le rangement de leurs effets personnels, aidé par divers volontaires de façon ponctuelle. Puis, je me suis attelé à l’installation d’une gouttière en vue de récupérer l’eau de pluie, avec l’aide de deux volontaires qui composeraient par la suite la « lazy team ». Ces différents projets étaient la volonté des moines.

Au cours de la dernière semaine, je me suis dédié à un projet que j’ai voulu réaliser dès le deuxième jour en ce lieu, une terrasse au bord du lac. Ce dernier n’était plus visité car la nature avait repris ses droits ; ce que j’aurais volontiers respecté s’il ne s’était agit d’un champ d’orties. Je me suis empressé de les tailler à la faux afin de libérer l’espace et de pouvoir y implanter par la suite une terrasse. Je souhaitais réaliser celle-ci avec du matériel de récupération, soit la montagne de palettes ainsi que les nombreux morceaux de bois que personne ne voulait utiliser en raison de leur mauvais état. Je leur offris une seconde vie grâce à la méthode Shu sogi ban, une ancienne méthode japonaise qui consiste à brûler le bois en surface, gratter les parties carbonisées avec une brosse en métal, badigeonner d’huile de lin et brûler brièvement à nouveau. Cette méthode permet de protéger naturellement le bois contre l’eau, les nuisibles et les champignons. Nous réalisâmes cette étape ainsi que l’implantation et la construction de la terrasse en trois jours à l’aide de deux compères dans la joie et la bonne humeur, sans oublier la transmission de savoir. La terrasse nous paraissant nue, nous consacrâmes deux matinées supplémentaires à la réalisation de meubles d’extérieur, toujours en palettes bien entendu. La communauté d’Ananda Gaorii était très reconnaissante de cette nouvelle infrastructure pour méditer et pratiquer le yoga ou simplement se prélasser.

FX

 

My first contribution in Ananda Gaorii was the creation of a structure to facilitate the access to the men dormitory and to organise their personal stuffs. Helped with volunteers, this work kept me busy during the two first weeks. After that, Vaios and Helder assisted me to put a water drain on the west side of the roof. Those two volunteers will be soon part of the “lazy team”.

During the last week, I decided to dedicate myself to a project that I wanted to realise as soon as we arrived in Ananda Gaorii: a platform-deck next to the pound. This one wasn’t really used anymore and nature had taken its rights back, which I would have respected if it hadn’t been a nettle field. I started by cutting it with the FAUX in order to liberate some space for the construction of a deck. I wanted to create this one by up-cycling old material such as palettes and pieces of wood abandoned because of their bad looking. I offer it a second life thanks to the Shu sogi ban method, a Japanese process that burns the surface of the wood to protect naturally the wood from water and mushrooms. After three days, we managed to finish this building with joy, happiness and transmission of knowledge. The deck was great but seemed a little bit empty to us so we built some furniture: a bench, a chair and a long-chair. The community was grateful for this new infrastructure for meditating, practising Yoga or just chilling.

FX

 

 

Quant à moi, je me suis impliquée au sein du jardin et j’y ai insufflé les connaissances que j’ai acquises depuis le début de notre voyage. Elles y sont presque toutes passées, de la douce technique de nettoyage des planches de cultures aux divers moyens de favoriser la biodiversité, en passant par la couverture du sol et la gestion de l’eau. Je me sentais dans mon élément, travaillant pour une juste mission : le bien-être du sol et le développement de végétaux. Et quel plaisir de me rendre compte que j’avais assimilé les savoir-faire et que je pouvais les transmettre. J'ai également prêté main-forte pour le marché de Vig où chaque samedi matin l'ashram vend ses pains et pâtisseries, des fleurs et des plantes et les légumes et fruits issus du jardin.
 

Au cours du séjour, nous avons participé à un « gift circle » qui consiste à échanger ses besoins et ses compétences et, peut-être, trouver la perle capable de nous aider. À cette occasion, j’ai mentionné que je pratiquais la danse contemporaine en amatrice depuis plusieurs années et que je serais ravie de partager un atelier en leur compagnie. J’ai pris grand plaisir à préparer ce moment, à choisir les exercices et à faire s’accorder transitions et musiques pour une heure et demie de recherche corporelle autour du contact (Body Weather, Contact Impro) et d’improvisation à partir de postures quotidiennes.

I joined the garden team and shared the knowledge that I acquired since the beginning of our trip. I distribute almost all of it, from the soft weeding technique to the different ways of develop the biodiversity, passing by the protection of the soil and the improvement of the water use. I really felt in my element, working for a good cause: the well being of the earth and the growth of vegetables. What a pleasure to realise that I correctly remembered the techniques and could experiment it in this context.

 

During our stay, we participate to a gift circle and for this occasion, I mentioned that I used to be an amateur dancer of contemporary dance for many years and we could share a dancing moment. I appreciated all the preparation for this workshop: pick up the exercise and the music for one hour and a half of body contact research. We explored part of the Body Weather practice and then discovered Contact Improvisation before inventing a sequence from daily postures.

 

Au-delà de cette dynamique de transmission et de partage, j’ai apprécié la liberté dont nous disposions pour développer nos projets. En effet, les activités conduites au sein de l’ashram – excepté la boulangerie-pâtisserie – sont librement organisées et effectuées par des volontaires. Certains d’entre eux réalisent un service volontaire européen (SVE) s’étalant sur plusieurs mois. Géré par l’institution Erasmus+, ce programme offre aux jeunes européens âgés de 17 à 30 ans de s’engager dans un projet d’intérêt général dans les champs de l’environnement, du social, du culturel et de la solidarité. L’objectif de l’institution européenne est de donner à ces jeunes l’accès à un apprentissage actif par l’immersion dans un pays.

 

Le projet du jardin avait tout juste perdu son meneur et le reste du groupe se sentait partir à la dérive, sans trop savoir comment raccrocher les wagons. Après avoir éclairci les intentions des moines concernant ce jardin, nous eûmes carte blanche pour le développer. C’était un excellent moyen d’expérimenter une organisation sans chef, horizontale et avec prise de décisions collégiales. Les premiers temps ont été difficiles car beaucoup d’actions menées précédemment étaient plutôt négatives pour les cultures et manquaient d’éthique permaculturelle (planches de cultures plates, sol laissé à nu, arrosage contraignant en surface par tuyau d’arrosage, serres de piètre qualité et peu pratiques, etc.). De plus, il fallait que l’équipe s’adapte à sa nouvelle situation, prenne ses marques et découvre son rythme propre. Et la route pour y parvenir se déroula dans le flou et l’indécision maladive qui suscitèrent beaucoup de frustration en moi. Je dû m’y reprendre à plusieurs reprises pour faire entendre ma voix parmi les pépiements de ces douces mains vertes. Chacune avait sa connaissance, ses habitudes et son avis sur la manière de cultiver le jardin. Mais au fur et à mesure que nous travaillions ensemble, un fil conducteur s’est dessiné autour duquel nous nous sommes retrouvées. Nous avons formé des équipes pour gérer les principales tâches : la plantation, l’arrosage, le désherbage, etc. La perte du leader nous offrit l’opportunité d’apprendre en autonomie et par la pratique sans être écrasé derrière un mode d’action unique mais en explorant toutes les possibilités en se soutenant.

Mathilde