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10ème halte : Ponderosa ou la créativité collective - the collective creativity

September 9, 2018

 

Dans le Land de Brandebourg, à l’Ouest du parc national de la vallée de l’Oder qui réunit l’Allemagne et la Pologne, se trouve Stolzenhagen. Situé sur un plateau qui surplombe la rivière, ce petit village fut d’abord formé par des pêcheurs slaves avant de se voir doté d’un château à l’époque médiévale. Après la seconde guerre mondiale, l’État réquisitionna des terres par l’intermédiaire d’une réforme agraire pour construire de nouveaux logements. Puis, à partir des années 1960, le village s’organisa en ferme collectiviste spécialisée dans la production de tabac.

Issu de ces transformations urbaines et agricoles, l’actuel quartier « Gut Stolzenhagen » est un ancien site collectif fermier qui regroupait notamment des élevages bovins et porcins. En 1999, ses imposants bâtis en briques rouges-orangées séduisirent un groupe d’artistes-étudiants bricoleurs et actifs dans le mouvement des squatteurs berlinois qui émergea à la fin des années 1970 à Berlin-Est et connut un renouveau à la suite de la chute du mur. De nombreux immeubles furent occupés clandestinement dans les quartiers de Prenzlauer Berg et Friedrichshain, fournissant d’innombrables espaces aux artistes pour s’exprimer. Ce mouvement attira des jeunes du monde entier venus reconstruire et rénover la ville. La jeune communauté qui s’installa à Stolzenhagen à la fin des années 1990 était orientée vers l’art et l’éducation. Imprégnés de la mentalité « Do It Yourself », ses membres avaient la volonté de créer eux-mêmes leur foyer, leur travail et leurs outils. Aujourd’hui, l’ensemble d’édifices est converti en logements coopératifs. Ainsi, l’ancien modèle collectiviste semble perdurer puisque chaque habitant détient des parts sociales immobilières et a voix au chapitre en ce qui concerne l’utilisation ou l’aménagement du terrain et des infrastructures communes.

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Stolzenhagen is in the Brandenburg’s Land, West of Oder’s National Park that reunites Germany and Poland. Located on a plateau that goes down to the river, this village was first formed by Slavs fishermen before having a castle in the Middle Age. After World War II, the government enforced a land reform in order to build housing. Then, from the 1960’s, the village organised as a collectivist farm specialised in tobacco production.

Arose from those agricultural and urban transformations, the present “Gut Stolzenhagen” neighbourhood is a former farm that gathered bovine and pig farming. In 1999, its huge orange-red bricks buildings seduced a group of students-artists handymen and active in the squat movement in Berlin that appeared at the end of the 1970’s in East Berlin and was back after the fall of the Wall. Several buildings were clandestinely occupied in Prenzlauer Berg and Friedrichshain, providing numerous free spaces to the artists to express themselves. This movement attracted young from all over the world to renovate the city. The new community that took place in Stolzenhagen at the end of the 1990’s was oriented toward art and education. Spread through DIY mentality, its members had the drive to create their own homestead, work and tools. Today, all the buildings are converted in cooperative housing. The ancient collectivist ideal seems to remain since every inhabitant holds a piece of the land and contributes to the decisions regarding the use and the layout of the land and the commons structures.

 

 

 

C’est au cœur de ce quartier empreint de la dynamique libertaire de Berlin que s’est développée Ponderosa. Conçu par et pour des danseurs, cet endroit leur permettait avant tout de s’adonner à leur pratique, dans la nature ou dans de grands studios, loin de la frénésie de la ville. À présent, il s’agit d’une association à but non lucratif qui propose une programmation artistique et des résidences autour de la danse et de la performance. Ouverte aux danseurs confirmés comme aux amateurs, Ponderosa se présente comme un lieu de création et d’incubation artistiques stimulées par les interactions sociales de tous les participants. On s’y rend pour tester son potentiel et prendre des risques en termes de créativité et d’expression de soi. En prétendant concilier art et vie en communauté, ce projet se rapproche des pratiques d’art social. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de retrouver la « sculpture sociale » de Joseph Beuys ou encore la théorie de l’esthétique relationnelle de Nicolas Bourriaud parmi les inspirations de ses fondateurs. Ces derniers souhaitent explorer le potentiel de l’art pour conduire des processus communs et des actions quotidiennes. La vie commune est considérée comme génératrice d’une esthétique culturelle et se caractérise par un concert de valeurs subtilement négociées et échangées. Cette expérience est un perpétuel exercice de groupe qui pousse l’individu à sortir de lui-même, à s’adapter à de nouveaux environnements et à réduire ses points de vue personnels face aux positions émanant de la communauté des danseurs.

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It’s in the core of this neighbourhood painted with the freedom spirit of Berlin that developed Ponderosa. Designed by and for dancers, this place was meant to give them space to practice, in nature or in big studios, away from the frenzy city. Now, it is a non-profit organisation, which offers an artistic programme and residencies around dance and performance. Open to professionals as well as for amateurs, Ponderosa presents itself as a place for creation and artistic incubation stimulated by the social interactions of the entrants. You go there to test your potential and take risks around the expression of yourself and your creativity. By claming to reunite art and community life, this project is getting close to social art practices. In this perspective, it’s not that surprising to find Joseph Beuys’ “social sculpture” or the Nicolas Bourriaud’s theory about Relational Aesthetic among the founding members’ inspirations. They want to explore the art power for conducing commons processes and daily tasks. They see community life as a producer of a cultural aesthetic and as a concert of values that are ingeniously traded or negotiated. This experience is a persistent exercise that pushes the individual to get out of inner self, to adapt at new environments and to let go on personal points of view to pay more attention to the collective positions.

 

 

 

Le projet de Ponderosa questionne le processus créatif en faisant la part belle à l’improvisation collective et à l’autonomie créative. Quel contexte pour créer et comment montrer son travail au sein de cet écosystème particulier ? Le rapport à la terre apporte un bout de réponse à ces interrogations. En effet, ce projet implanté à la campagne a l’ambition de faire l’expérience de l’art en milieu rural en essayant de concilier art et écologie. Les membres de Ponderosa considèrent que la pratique artistique peut aider à stimuler un mode de vie plus durable et respectueux de l’environnement. En ce sens, le centre artistique met en place plusieurs structures écologiques telles que des toilettes sèches, des douches solaires et des panneaux photovoltaïques. Par ailleurs, on y cultive un jardin floral et potager comportant des baies et des arbres fruitiers.
Ces cinq dernières années, l’artiste Shelley Etkin en prenait soin tout en proposant des ateliers faisant le pont entre la danse et la culture de la terre. Néanmoins, depuis son départ, la prise en charge du jardin est restée floue et lorsque nous sommes arrivés au début du mois d’Août, il n’y avait pas de responsable clairement identifié. Cela nous a paru étonnant compte tenu du travail effectué jusqu’alors et durant de nombreuses années. Fût un temps où les jardins de Ponderosa fournissaient en grande partie la nourriture pour la cuisine. Nous avons pu constater que ce n’était plus le cas durant notre séjour. Sans parler d’atteindre l’autosuffisance alimentaire ni de lancer une activité de maraîchage, l’association pourrait davantage collaborer avec son environnement proche pour se procurer des aliments biologiques. Par exemple, un voisin, membre du quartier, gère le « green lab » commun où il fait pousser quantité de légumes en agroécologie. Cependant, aucun arrangement durable n’a été discuté avec lui pour faire de ce laboratoire la ressource première en légumes bios du quartier. Tout comme il n’existe pas de liens entre ce laboratoire et le jardin potager du centre d’art qui pourrait devenir une plateforme d’apprentissage, au grand regret des volontaires qui aimeraient davantage mettre les mains dans la terre. On a également été témoin d’un non-sens, à savoir l’achat de certains fruits alors que des arbres à portée de main en prodiguaient à foison. En outre, les fruits et les légumes pourvus ne proviennent pas des producteurs locaux pourtant maraîchers en biologique. Leurs légumes seraient vendus trop chers pour le budget de l’association. Seulement, cet argument nous laisse perplexe quand on constate le prix élevé de ses activités. De notre point de vue, assurer un ravitaillement biologique dans un lieu qui se définit comme « éco-artistique » devrait être une priorité. Cela nous paraît être la moindre des choses quant on sait combien les questions d’agriculture et donc d’alimentation sont au cœur des urgences écologiques actuelles et nécessitent d’être relayées au plus grand nombre. On saluera néanmoins l’effort de l’association de se fournir à 50% en produits biologiques auprès d’un distributeur. Même si, se faisant, leur conscience écologique ne s’encombre pas de leur empreinte carbone. Parallèlement à ce manque de soutien pour une agriculture naturelle, on regrette que, dans un centre artistique où le terme d’« éco-art » est employé pour en qualifier la dynamique, des actions ne soient pas développées pour sensibiliser le public à l’écologie. On imaginerait tout à fait un projet de territoire autour du lien « art et nature » à destination de l’enfance, en mettant des activités culturelles et éducatives en place.

 

Ponderosa’s project challenges the creative process by making collective improvisation and creative autonomy. What context for creation and how to show the work inside of this atypical cluster? The relation with the ground brings a piece of answer to those interrogations. Indeed, this project is located in countryside and wishes to make art in a rural situation trying to reconcile art and ecology. The Ponderosa’s members believe that the artistic practice can helps to stimulate a more resilient and respectful way of life. In this way, the association has put different ecological structures in such as dry toilets, solar showers and photovoltaic panels. Furthermore, this project cultivates a garden with flowers, vegetables, bushes and fruit trees.
The last five years, the artist-gardener Shelley Etkin took care of it meanwhile she was offering workshops that mixed dance and soil. However, since she left, the management of the garden remains foggy and when we arrived at the beginning of August, any runner was clearly identified. This can sounds surprising given all the work done until now and for many years. Ponderosa’s gardens used to provide much of the food for its kitchen. While we stayed there, we noticed that it was no longer an option. Not to mention the achievement of self-sufficiency or the start of a market gardening, Ponderosa could collaborate more with its close environment to get organic food. For example, a neighbour, member of Gut Stolzenhagen, is running the green lab where he grows a lot of vegetables according to the agroécologie. Yet, there is no sustainable agreement discussed with him to make this lab the number one resource in organic vegetables for the all neighbourhood. Also, there is no link between this lab and the Ponderosa’s gardens that could become a learning platform. We also were witnesses of nonsense, which was the buying of fruits that were directly and freely reachable on the trees. Moreover, fruits and vegetables are not coming from local producers, yet organic farmers. Their vegetables would be too expensive for the association’s finances. Only, this argument left us puzzled when we know the high price of its workshops. From our point of you, insure an organic food supplies in a place that define itself as “eco-artistic” should be a priority. This seems to be the least they can do, especially in the light of the current ecological emergency around agriculture and food that requires to be passed on to the broadest audience. Nevertheless, we recognises the association’s effort to provide itself with 50% of organic products beside a distributor. Even if, by this action, their ecological consciousness doesn’t weigh down with their carbon footprint. Next to this lack of support for a natural agriculture, we regret that, in an artistic centre where the concept of “eco-art” is used as a qualification, actions aren’t developed to raise awareness among public. We would totally imagine a territory project around art&nature relation toward children, by organising cultural and educational activities.

 

 

 

Ces remarques sont à comprendre dans le contexte de notre aventure à la découverte d’alternatives de vie en Europe. En arrivant à Ponderosa, nous avions près de 10 mois de voyage dans les pattes, le cœur plein d’écolieux dynamiques et ingénieux et les yeux remplis d’attentes quant à la coexistence de l’art et de l’écologie au sein d’un même projet. Malgré ces déconvenues expliquées plus haut, le volontariat aux côtés d’une communauté de danseurs a su motiver notre créativité.

 

François-Xavier, le spécialiste des terrasses en palettes. Scène réalisée pour Kristof pour la projection d'un documentaire et qui accueillera des concerts.

 

 

Those comments are meant to be understood in the context of our adventure in discovering different ways of living in Europe. When we arrived in Ponderosa, we had almost ten month of travelling in our foot, our hearts full of dynamic and ingenious ecoplaces and the eyes filled with expectations about art and ecology coexistence inside of one project. Despite those disappointments explained above, this volunteering alongside with a community of dancers was able to motivate our creativity.

 

 

L'abîme du musée - The museum in abyme

 

 

 

On reconnaît à ce centre la qualité et l’audace de ses contenus artistiques ainsi que son environnement propice à l’imagination et à l’expression. Nous retiendrons les sourires échangés entre deux tâches en cuisine, les frénétiques solos de guitare d'Ido ou ses succulents plats, Ella la tatoueuse-maison, les dessins captivants de Gabriella, les discussions autour des alternatives de vie avec Irene et Liza, le doux regard de Sofia, les blagues et l'attention de Rebecca, la connaissance et la motivation de Doreen et Marc dans le jardin, les incroyables coutures d'Ursule, l'entrain de Jovanski, la générosité et le Watsu de Kristof, et bien plus...

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We acknowledge the quality and the daring of the centre’s artistic contents as well as its suitable environment for imagination and expression. We will remember the smiles between two shifts of helping in the kitchen, the craving of Ido's guitar solos or his delicious cooking, Ella the hand poked tattoo girl, Gabriella's captivating drawings, the talks around alternative ways of living with Irene and Liza, the gentle look on Sofia's eyes, Rebecca's jokes and consideration, Doreen and Marc's knowledge and motivation in the garden, Ursule's amazing sewings, Jovanski full of spirit, Kristof's Watsu and generosity, and more...

 

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